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No Easy Day. Le livre du Navy Seal sur le raid contre Ben Laden

Par André Girod

Je viens de terminer la lecture de « No easy day » de Mark Owen alias de Matt Bissonnette.

Avant la sortie du document, les autorités américaines avaient menacé de porter l’affaire devant les tribunaux car les révélations de l’ancien SEAL pouvaient compromettre des opérations ultérieures.

Le contenu plus que la forme inquiétait le Pentagone car la version officielle de Washington était contredite par celui qui avait participé au raid contre Ben Laden.

« Toute la vérité, rien que la vérité », répète-t-on dans les cours de justice, mais la vérité est-elle toujours bonne à dire surtout lorsque la sécurité du pays est en jeu. C’était en quelques mots, l’argument utilisé par les autorités militaires et politiques pour empêcher la parution de l’ouvrage.

En réalité, Mark Owen, sans s’en rendre compte, car la question explicite n’est pas posée, se demande à quoi servait ce raid secret : capturer ou tuer Oussama Ben Laden. Pour faire bref, s’agissait-il, dés le départ des préparations, d’un assassinat politique ?

« Toward the end ( of a meeting), a question was raised about whether or not this was a KILL MISSION. A lawyer from either the Department of Defense or the White House made it clear this wasn’t an ASSASSINATION .

If he is naked with his hands up, you’re not going to engage him, he told us. « I am not going to tell you how to do your job. What we’re saying is if he does not pose a threat, you will detain him. »

( A la fin de la réunion, une question est soulevée pour savoir si cela était une mission pour tuer. Un avocat répondit que non et dit clairement que ce n’était pas un assassinat politique ( « assassination » indique assassinat politique).

La question est clairement posée mais la réponse est ambiguë : que faire de Ben Laden quand les Seals l’auront dans le collimateur?

Or en relisant ce passage ( page 177), on ne peut s’empêcher de noter certaines remarques. La question a été claire : faut-il tuer Oussama Ben Laden ?

Un avocat soit du Ministère de la Défense ou de la Maison Blanche répond que non. D’abord que faisait un avocat dans cette pièce où se préparait le raid ? Etait-il là pour couvrir les arrières du Président. Un avocat leur avait bien dit que ce n’était pas un assassinat politique. Si Ben Laden était abattu par les Seals, cela serait considéré comme une erreur de leur part, une faute grave certes mais qui pouvait être pardonnée car elle avait eu lieu dans le feu de l’action. Le grand chef était couvert.

Alors qu’en fut-il dans cette nuit du 2 mai 2011, soit dix ans après les attentats de New York ?

La version officielle indique que  Ben Laden a surgi et les Seals ont riposté pour se défendre. Il n’avait pas d’armes avec lui mais dans l’obscurité il pouvait y avoir un doute.

Les journaux donnaient la version officielle.

« Osama bin Laden, the mastermind behind the Sept. 11, 2001, terror attacks that killed thousands of Americans, was slain Sunday in his luxury hideout in Pakistan in a firefight with U.S. forces, ending a manhunt that spanned a frustrating decade.

« Justice has been done, » President Barack Obama declared late Sunday as crowds formed outside the White House to celebrate. Many sang « The Star-Spangled Banner » and « We Are the Champions. »

Des précisions sont données par Obama lui-même :

« Today, at my direction, the United-States launched a targeted operation against that compound in Abbottabad, Pakistan. A Small team of Americans carried out the operation with extraordinary courage and capability. No Americans were harmed. After a firefight, they killed Ousama Ben Laden and took custody of his body. »

( en résumé : Ben Laden a été tué dans sa demeure au Pakistan, mettant fin à une chasse à l’homme de dix ans. C’est sur l’ordre du président que l’opération a été lancée. Aucun Américain n’a été blessé. Après un combat, ils ont tué Ben Laden et pris possession du corps.)

D’après Obama, il y a eu combat et Ben Laden est tombé les armes à la main. Le tuer alors était justifié.

Mark Owen dit : « They reported that we were in a forty minute fight. », ce qui le fait bondir puisque ce n’était pas la vérité : il n’y a eu aucun coup de feu échangé entre Ben Laden et les forces américaines puisque Ben Laden n’avait pas d’armes.

Mark Owen continue : « The raid was reported like a bad action movie « (page 285)

(C’est le scénario d’un navet.)

A son retour à son unité, les Seals reçurent un avertissement :

« It is imperative that we stay out of the media. » ( Page 287)

Alors le chef suprême en rajoute des couches :

« We have cut off their head… and there no geater evidence of that than justice finally being delivered to Osama Ben Laden. »

Cet assassinat est loin d’être unique dans l’histoire américaine. Il est à rapprocher de celui de Isoroku Yamamoto, le 18 avril 1943 : un message avait été intercepté par les services secrets américains sur le trajet qu’allait suivre l’Amiral Isoroku Yamamoto, commandant les forces japonaises du Pacifique et qui avait participé à l’attaque de Pearl Harbor. L’Amérique devait être vengée. William F. Halsey, le commandant des forces navales dans le Pacifique va tendre une embuscade pour abattre l’avion de Yamamoto. Il reçoit le feu vert de Roosevelt, le 15 avril. Des chasseurs arrivent à la hauteur de l’avion et l’abattent. Le Japon connaît un grand désarroi, l’objectif de l’attaque. La tête des forces japonaises a été « cut off ».

Enfin page 297, l’auteur remarque :

« To date, how the mission to kill Bin Laden has been reported wrong » D’où son intention d’écrire ce document pour rétablir la vérité.

Peu à peu le public apprenait que, grièvement blessé à la tête, le leader d’Al Quaïda avait été achevé d’une rafale dans la poitrine par un Seal. Cet élément est confirmé page 236.

« We saw the man lying on the floor at the foot of the bed. The point man’s shots had entered the right side of his skull. Blood and brains spilled out of the side of his skull. In his death throes, he was still twitching and convulsing. Another assaulter and I trained our lasers on his chest and fired several rounds. The bullets tore into him, slamming his body into the floor until he was motionless. »

( Nous avons vu l’homme étendu sur le plancher au pied du lit. Les tirs de l’homme de tête étaient rentrés par le côté droit de la tête. Du sang et de la cervelle coulaient du côté du crâne. Il bougeait, pris de convulsions. Un soldat et moi-même avons visé la poitrine et déchargé nos armes. Les balles le clouèrent sur le plancher jusqu’à ce qui fut mort.)

La thèse de le ramener vivant alors s’écroulait : on n’achève pas ainsi un ennemi au sol. Les Seals qui avaient tiré venait donc d’accomplir un assassinat politique.

Pourquoi Ben Laden ne pouvait-il pas être ramené vivant aux Etats-Unis ?

L’objectif premier de la mission était donc de venger l’Amérique pour l’affront qu’elle avait subie. Le 9/11 est souvent comparé à Pearl Harbor. Ce n’était pas une mission humanitaire. Aux conditions dans lesquelles Ben Laden est mort il ne s’agit alors pas d’attacher d’importance : il fallait le tuer, c’était «a kill mission».

Ce qu’il fallait à tout prix éviter :

Un procès qui aurait pu révéler la complicité des Etats-Unis avec les Talibans contre les Russes.

Une auréole de héros sur la tête de Ben Laden au tribunal, que lui auraient donnée les Islamistes.

Un coût astronomique pour sa protection et le bon déroulement du procès.

En le tuant, on le réduisait à un animal abattu au cours d’une expédition, ce qui affectait grandement sa légende.

Les Etats-Unis ne pouvaient pas se permettre de revivre sur leur sol un remake du 9/11. Alors l’objectif de la mission était seulement de le tuer et de se débarrasser du corps pour éviter que sa tombe ne devienne un lieu de pèlerinage ou de curiosité. Ce fut le sort d’Hitler et de nombreux personnages de l’histoire assassinés. Même au XXI e siècle, la rage de tuer son ennemi est restée intacte.

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