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Lincoln, le film de Steven Speilberg

Lincoln, le film de Steven Speilberg
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Peut-être suis-je trop exigeant sur la qualité des films à voir. Mais il en est un qu’il ne faudrait en aucun cas manquer pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des Etats-Unis. C’est le film sorti cette semaine en Amérique : Lincoln, drame historique qui traite de la bataille autour du 13e Amendement, sur l’abolition de l’esclavage à la fin de la Guerre de Sécession.

Par André Girod

Le film tourne autour du projet du 13e amendement qui interdit  l’esclavage sur tout le territoire des Etats-Unis. Le mois de janvier 1865 sera l’unité de temps, Washington l’unité de lieu et le 13e Amendement l’objet du film.

En 1865, la guerre fait rage depuis quatre ans et il apparaît évident que le Nord, plus industrialisé que le Sud et mieux armé, gagnera finalement la guerre. Lincoln et son secrétaire d’état William Seward ( celui qui négociera l’achat de l’Alaska à la Russie en 1867) sont en conflit sur le point de savoir si le Congrès doit voter un amendement constitutionnel qui abolirait l’esclavage dans le pays aussi bien au Nord qu’au Sud. Pourtant Lincoln avait proclamé le décret d’émancipation, libérant tous les Noirs en 1863. Mais cette décision ne suffisait pas aux yeux de Lincoln car elle pouvait être facilement contournée.

Lincoln savait que même une victoire n’apporterait pas la certitude qu’une fois la paix établie, le Congrès puisse relancer cet amendement,  au risque de créer de nouvelles tensions entre le Sud et le Nord. Il fallait battre le fer pendant qu’il était chaud. Si l’amendement était voté, il serait alors imposé dans les conditions de paix au Sud.

Dès 1864, le Sénat avait adopté le 13e amendement. C’était désormais au tour de la Chambre des Représentants de l’étudier. Mais les « Representatives »l’avaient déjà rejeté car la division de la chambre était quasiment égale entre les Démocrates, qui n’en voulaient pas entendre parler, et les Républicains, qui  le soutenaient. Les Républicains à cette époque étaient beaucoup plus libéraux qu’ils ne le sont aujourd’hui. Seward était contre une nouvelle discussion au Congrès parce que le Sud semblait prêt à se rendre et à signer la paix. Alors il ne fallait pas, selon lui, aggraver la situation en forçant les Etats confédérés du Sud à continuer la guerre, ce qui coûterait de nombreuses vies à l’armée de l’Union. Les Démocrates avançaient comme argument que le vote de cet amendement menacerait un traité de paix.

Mais Lincoln qui avait un sens beaucoup plus acéré de la politique répondait qu’une fois la paix acquise, il serait plus difficile de faire passer l’Amendement. Car en rejoignant le Nord, les représentants du Sud seraient forcément contre et une majorité ne pourrait être obtenue pour voter l’Amendement. Il était obligatoire de voter l’amendement avant la paix.

Alors Seward et Lincoln se lancent à corps perdu, chacun de son côté, pour convaincre suffisamment de membres du congrès du bien-fondé de leurs positions antagonistes.

Alors naît une lutte sans merci entre les deux hommes. Une douzaine de délégués démocrates battus aux élections de novembre 1864 sera l’objet de leur convoitise.  Les démocrates sont harcelés par les deux côtés. Lincoln promet des postes, des délégations, des aides aux Démocrates battus s’ils se rallient aux Républicains. Des menaces sont proférées car tout membre du Congrès traîne des casseroles derrière lui,  Des propositions proches de la corruption sont tentées jusqu’à ce qu’enfin un appel à la conscience de ces hommes apporte finalement une majorité .

Le film de Spielberg est porté par des dialogues remarquables, dans un anglais proche de celui du 19e siècle, et c’est un délice pour tout spectateur passionné d’Histoire. Tony Kushner a su écrire un texte d’une grande finesse, digne des  plus belles pièces de Shakespeare. Et il y a d’ailleurs une atmosphère de théâtre dans le film. Les personnages, dont Tommy Lee Jones joue l’un d’eux, apportent aux scènes souvent tendues un réalisme qui traduit l’époque houleuse de cette bataille juridique et politique.

Mais le « héros » du film est évidemment Abraham Lincoln. Le 16e Président des Etats Unis est montré face à ses opposants, dans l’intimité de sa famille ( Marie, sa femme remarquablement jouée par  Sally Field) et en solitaire assailli par ses doutes et ses angoisses. Lincoln doit sa stature à Daniel Day-Lewis qui trouve ici le rôle le plus fort de sa carrière. Day-Lewis réussit brillamment à illuminer son rôle de toute la grandeur de la présidence.

Un film à ne pas manquer quand il sortira en France. Avec l’espoir que les dialogues en français seront de la même qualité que ce qu’ils sont en anglais.

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