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« Lean in » de Sheryl Sandberg

« Lean in » de Sheryl Sandberg
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Un livre de Sheryl Sandberg, Directrice générale de Facebook, considérée comme la cinquième femme la plus puissante du monde par le magazine Forbes.

Par André Girod

De temps à autre, un ouvrage vient marquer pour quelque temps son époque. Dans le renouveau des mouvements féministes (FemenNi putes ni soumises), le combat des femmes pour l’égalité des sexes est toujours aussi farouche : égalité dans les salaires, les responsabilités, le partage des tâches (managériales et domestiques).

Quand une femme traverse le plafond de verre (glass ceiling) elle se sent non seulement exceptionnelle mais sujette à attaques.
Dans le livre qui sort cette semaine : « Lean in« , Sheryl Sandberg tente d’expliquer son propre parcours et de prodiguer des conseils à celles qui souhaiteraient arriver à gérer vie professionnelle et vie familiale.
Sheryl Sandberg n’est pas n’importe quelle femme : elle est à deux fauteuils de Mark Zuckerberg dans ce vaste bureau de Facebook où il n’y a pas de cloisons. Quand elle veut lui parler, elle se penche vers lui d’où le titre du livre : « Lean in » qui se traduirait par (ma traduction) « Penche-toi pour t’imposer ! »

 

Avant de parler du livre lui-même, en tant qu’homme (un peu pour défendre la position de l’homme), je souhaiterais la « déglinguer » un peu et montrer que ce qu’elle fait n’est pas dû uniquement à sa force de caractère mais aussi à des circonstances favorables pour elle.

 

Situation familiale : elle est mariée (happily) à David Goldberg (divorcé, d’où première épine dans le pied de son raisonnement). Pas n’importe qui non plus, David : archi-millionnaire, il peut apporter tout le confort possible à son épouse et à ses deux  enfants, un garçon de 7 ans et une fille de 5 ans. Le père (ex-mari de Sheryl) est le patron de Survey Monkey, deux-cents employés, d’une valeur de plus d’un milliard de dollars. Elle a toute l’aide possible à domicile pour s’occuper de sa maison et de sa progéniture (lire le dernier « Ilkya, Le prédateur » pour comprendre la vie dans un tel milieu !).

 

Quand à elle, elle est co-dirigeante de Facebook sans aucune indication de salaire ni de stock options mais on peut imaginer que cela représente un certain pactole. De plus elle possède deux diplômes de Harvard. Pas de problème pour trouver une « bonne place ».

 

Sheryl Sandberg présente des statistiques qui en effet lui donneraient raison : les femmes n’occupent les postes de responsabilités dans les grandes entreprises américaines qu’à 4,2%, malgré tout le double d’il y a dix ans (1,4% en 2003). Progrès considérable mais loin d’être satisfaisant. Pourtant, comme elle, les femmes sont plus nombreuses à être titulaires de diplômes universitaires que les hommes : 28% des hommes contre 36% des femmes. Alors pourquoi cette discrimination (que l’on retrouve en Europe) ? Que font les femmes de travers pour arriver en fin de compte à de telles statistiques ? Pourquoi cette rupture entre les études et le monde du travail ? Où se trouve cette cassure ?

 

Sheryl Sandberg considère le mariage comme première et principale pierre d’achoppement !
Puis les enfants !
Et enfin le rôle qu’acceptent, ou bien auquel sont entraînées, les femmes dès leur petite enfance !

 

Devant ces affirmations, il y a levée de boucliers surtout chez les féministes. Gloria Steinem, l’une des féministes les plus connues des années 60/70 fondatrice du magazine Mis et auteur de « Outrageous Acts and Everyday Rebellion » en 1983, (il y a trente ans !) reconnaît pourtant que même une femme qui réussit n’est sensée donner son avis…

En effet les critiques sont dures envers Sandberg : de quel droit peut-elle donner des leçons ? Et à qui les donne-t-elle ? Aux filles sans éducation, seules à élever des enfants ? Et celles-là sont de plus en plus nombreuses.

Maureen Dowd du New York Times parle de : « New kind of club- a combo gabfest, Oprah session and corporate pep talk« . (Un club qui est un mélange de soirée Gatsby le Magnifique, d’émission Oprah Winfrey (celle qui a fait avouer Lance Armstrong) et de session d’encouragement d’entreprise.)

 

A la lecture de sa situation familiale, on est en droit de se poser des questions quant à la pertinence de ses propos dans son livre.

 

Mais voyons ce qu’elle préconise aux femmes pour non seulement s’en sortir mais surtout prendre le dessus sur les hommes :

 

Sa première observation concerne la transition de femme employée à mère : « Don’t leave before you leave » (Ne pars pas avant d’avoir à le faire). Elle reproche ainsi aux jeunes femmes de penser plus à un mariage et la fondation d’une famille qu’à la planification d’une carrière. Ce qui explique le déséquilibre évident dans les postes de responsabilités.

 

Deuxième observation : « Success  and likability » ( Réussite et acceptation).

Les femmes, explique-t-elle, ne se donnent jamais à fond dans leur métier car elles craindraient, en cas de réussite, d’être plus critiquées et jugées agressives que les hommes avec le même parcours. C’est ce qu’on appelle la tendance au « holding back » (se retenir).

 

Troisième observation : « Stop trying to Have it All » (Cesse de vouloir tout avoir).

Les femmes doivent savoir faire un choix entre une vie professionnelle, qui les récompense, et une vie familiale, qui les comble. Il y a contradiction et surtout éloignement majeur des femmes dites « ordinaires« . C’est ce que lui reprochent ses critiques. Quand l’auteur rentre chez elle, elle trouve la maison (et pas un taudis) bien tenue; le repas est prêt pour la famille; les enfants sont surveillés quand elle sort à une soirée mondaine avec son mari.
Sa vie professionnelle à elle est « au top » et sa vie de couple indéniablement solide. Ses rapports avec ses enfants ressemblent un peu à ceux de la Reine d’Angleterre vis à vis des siens propres : conversation de haut niveau, heures délicieuses à partager, joies et peines d’enfants. Elle n’a pas eu à les « torcher », à les emmener à l’école, à les nourrir avec quatre sous en poche, et pas à les traîner au resto du cœur !
Elle demande aux femmes de comprendre qu’elles n’auront pas tout, alors que beaucoup demandent le minimum pour survivre. Elle insiste sur le fait que ce qu’elles auront dépendra de leur niveau d’études, de leurs revenus mensuels, de l’amour partagé d’un mari. Si elle a réussi à tout avoir c’est que,comme pour L’Oréal, elle le mérite !

 

Une leçon assez mal reçue par des millions de femmes ! Comme si DSK écrivait un livre sur le bonheur conjugal et la réussite dans ses conquêtes !

 

La presse américaine s’est emparé du livre comme d’un Graal du succès à l’américaine et surtout venant d’une femme, jeune et jolie. Combien de temps va durer cet engouement ! Le temps des cerises comme chantaient nos grand-mères !

Sheryl Sandberg ne représente qu’une portion de la population féminine, le 1% des femmes ! Et encore !

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