Ne manquez pas !
Accueil / Magazine / Les Noirs aux Etats-Unis

Les Noirs aux Etats-Unis

Les Noirs aux Etats-Unis
4.6 (92%) 5 votes

Question délicate qui est encore très sensible à la suite de l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche. Pourtant quiconque visite les Etats-Unis, en particulier les grandes villes, se rendra compte très vite de ce problème.

Par André Girod

Question délicate qui est encore très sensible à la suite de l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche. Pourtant quiconque visite les Etats-Unis, en particulier les grandes villes, se rendra compte très vite de ce problème. Que ce soit New York ou Chicago, l’agglomération compte des quartiers blancs et surtout des quartiers noirs. La population est d’origine Afro-américaine et s’est établie pour la plupart des cas à la suite d’un transport d’esclaves des côtes africaines.

Il n’y a pas encore très longtemps, des Américains noirs ignoraient la date exacte de leur naissance et surtout les lieux et dates de naissance de leurs parents ou grands-parents. A Cedar Rapids, en 1965, notre médecin de famille, Percy Harris, était le seul médecin noir dans la ville. Il était venu du Sud mais créa une polémique. Pourtant «  Medical Examiner «  ( Médecin légiste) pour le «  Linn County », il avait un rôle important dans la communauté. Sa femme Lileah eut 12 enfants. Or un soir, un groupe de Blancs lança des pierres à travers les vitres de son salon avec des insultes racistes. J’eus l’occasion de le voir quelques jours plus tard mais il ne voulait pas porter plainte de peur d’envenimer la situation. C’était un homme doux qui savait ce qu’il risquait en venant exercer dans une ville comme Cedar Rapids qui comptait très peu de Noirs et tous concentrés dans un quartier assez mal famé. Lui avait choisi une très belle maison dans un endroit huppé au milieu de la population blanche. Mais il avait jugé que son rôle important dans la communauté et ses gains lui permettaient de s’installer où il voulait. Mal lui en a pris car ce qui était visé n’était que la couleur de sa peau. Chose intéressante, étant né dans le Sud d’une famille d’esclaves, il ne connaissait pas sa véritable date de naissance… et il était médecin !

Ce ne fut pas le premier Noir avec qui j’avais établi une relation amicale puisqu’en 1960,nous avions été refusés dans les bars de la ville de Kansas City (Missouri) car nous étions accompagné d’un Noir.

A mon arrivée à Chicago, l’impression que je ressentis était franchement mauvaise. Il faut dire que l’on pénétrait dans la ville de Chicago en train, en traversant le quartier noir. La première fois en août 1959, j’avais été profondément choqué et troublé de voir par la fenêtre, l’état de ce quartier. Les maisons en bord de voie ressemblaient à des taudis avec vitres cassées, voitures désossées sur les trottoirs, agglutinement de jeunes au coin des rues, pauvreté qui rampait dans les chaussées défoncées. J’avais eu un sursaut car je m’étais demandé ce qu’était cette Amérique dont personne ne parlait. La vision des Etats-Unis comme elle apparaissait à travers les journaux et magazines était plaisante et apparaissait faite pour les blancs, classes moyennes. Personne de sensé n’osait s’aventurer dans cette partie sud de Chicago. Quand on visitait le bord du lac, le long de Shore Avenue, tous les passants s’arrêtaient à hauteur du Field Museum.

Pourtant le quartier sud avait connu une véritable prospérité dans les années trente puisque c’était le quartier des professeurs de l’Université de Chicago, dont le vaste campus s’étendait au sud de « Congress Avenue ». Toutes les demeures étaient bourgeoises en pierre de taille et abritaient les membres des diverses facultés de l’Université mais aussi de nombreux professionnels. Mais dans les années cinquante sous la poussée d’une émigration venant du sud, ouvriers qui travaillaient dans les abattoirs et dans les aciéries du sud de la ville, les classes aisées abandonnèrent le quartier. Les belles résidences furent squattées par des familles entières et laissées dans un état lamentable.

Lorsqu’en 1976, j’eus l’occasion de me rendre dans ce quartier, il y avait déjà un élan, de la part de familles noires, classe moyenne supérieure (upper middle class), de reconquérir cette magnifique section au bord du Lac Michigan. Les maisons furent rachetées les unes après les autres et restaurées dans leur splendeur initiale. Des vedettes vinrent s’installer : Mohamed Ali, le champion du monde de boxe, Mickael Jordan, le roi du basket-ball et plus tard, Barack Obama, le futur président.

J’ai eu la magnifique occasion de visiter cette section sud de Chicago et d’y travailler. Un jour de janvier 1976, je reçus dans mon bureau de Cedar Rapids, une lettre venant du quartier noir de Chicago. Rien ne l’indiquait sur l’enveloppe sauf peut-être l’adresse : South Creiger. Elle émanait d’un nommé John Moore, professeur à l’Université « Valley » plus au sud. Dés que ma secrétaire, Jill, regarda sur le plan de Chicago, elle m’indiqua que l’adresse était en plein cœur du quartier noir de Chicago. Elle me conseilla fortement d’oublier cette lettre, nous avions suffisamment de communes américaines ( toutes blanches) pour remplir les classes frano-américaines. C’était trop dangereux, juste à côté des HLM «  Cabrini Green Housing Project ». Leur réputation de quartier violent où le nombre de crimes était des plus haut en Amérique, n’était plus à faire. Beaucoup d’amis à qui je demandais s’il valait la peine d’y aller, me déconseillèrent même d’approcher. Un blanc était bon uniquement mort. Deux agents de  police venaient de tomber dans une embuscade et avaient été tués.

Pendant plusieurs jours je réfléchis mais j’étais tenté par l’expérience. Je contactai John Moore en secret et pris rendez-vous avec lui au cours d’un après-midi : moins dangereux que le soir ou la nuit. Alors un copain de Saint-Louis à qui j’avais rendu visite me fit voir qu’il avait un 9 mm dans sa boite à gants s’il avait à s’aventurer dans un quartier noir.

 

En 1970/80 la discrimination était encore évidente et surtout il y avait une réaction viscérale de la part de nombreux blancs américains. Les Noirs étaient admirés pour leurs prouesses sportives, genre Mickael Jordan ou Mohamed Ali mais pas pour leurs qualités intellectuelles. Pourtant les parents de Chicago étaient avocats, médecins, hommes d’affaires mais le préjugé datait de longtemps et avait du mal à s’effacer dans l’esprit des Blancs. Ce fut une lutte constante et en cela je fus aidé par des hommes et des femmes extraordinaires. Je leur rendrai hommage plus tard.

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.