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Jeff Koons, master of «Trash Art »

Jeff Koons, master of «Trash Art »
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L’art ne se discute pas : il est trop varié pour ne pas satisfaire tout le monde. Entre les œuvres des siècles précédents et la production actuelle, il y a place pour découvrir en soi la création esthétique qui correspond à son « inner self » ( à son soi profond).

Par André Girod

La consommation effrénée de produits industriels a conduit à une accumulation incroyable de déchets dont il faut disposer constamment. Alors est apparu un nouvel art qui, au lieu d’utiliser des matériaux nobles ( marbre, pierre, bois, bronze), se sert d’objets jetés après usage dans nos poubelles. Ce recyclage n’est pourtant pas nouveau : la réutilisation de matériaux a souvent servi pour effacer la trace d’une autre civilisation, comme le montrent les cathédrales de Cuzco au Pérou. Les pierres des temples incas ont servi à construire sur leurs fondations, des églises catholiques. D’une pierre ( si je peux m’exprimer ainsi !) les Conquistadores ont fait deux coups : destruction du symbole religieux de la tribu vaincue et la construction de l’œuvre du vainqueur ! On retrouve le même schéma avec les ruines de la Bastille. L’utilisation de matériau textile a lancé la mode des «patchworks » en Amérique où tout morceau de tissu ne pouvait être gaspillé.

Ainsi est né l’art de d’accomoderr les restes! Art culinaire bien connu pendant les guerres !

Dans l’Amérique moderne, de nombreux artistes se sont lancés sur cette voie et il est bien difficile d’en choisir un parmi les autres pour illustrer ce nouvel art. Si j’ai choisi Jeff Koons, c’est que sa réputation s’étend non seulement aux Etats-Unis, mais dans le monde de l’art en général.Mais  avant d’expliquer l’art de Jeff, tentons d’éclairer l’origine et l’impact de cet art sur le monde contemporain. Dans un article publié sur le net, j’explique ce qu’est le « poubellisme » :

Le Poubellisme, le nouvel art visuel des temps modernes

De tous temps, depuis que l’homo sapiens a eu sa première vision organisationnelle du clan dans lequel il vivait, il a, pour consolider l’infrastructure de la société qu’il envisageait, imposé deux éléments essentiels à sa survie et à la direction qu’il comptait donner à son avenir : la nomenclature et le titrisme. Ce furent les deux piliers sur lesquels reposa tout type de pragmatisme administratif. Puis l’historien vint élaborer des thèses de façon à mieux discerner la démarche évolutionniste de la civilisation et le critique d’art suivit afin de bien cerner les divers mouvements esthétiques qui faisaient l’apologie et imprimaient une auréole de gloire aux régimes politiques, aux idéologies philosophiques, aux dogmes religieux et à l’agencement sociétal.

L’art que notre époque appelle « art contemporain » ne peut se pérenniser sous cet intitulé. Il devra un jour ou l’autre adopter un « titrisme », terme qui indique que cet art est passé du général au particulier. Au début de ce siècle, l’art dit moderne a cédé la place à de multiples classifications dans les tendances qui liaient les artistes entre eux : cubisme, rayonnisme, tachisme, fauvisme, impressionnisme, dadaïsme, muralisme, constructivisme, art naïf, art pauvre, art informel et autre pop ‘art. Il est temps que les critiques d’art se creusent les méninges pour cerner cette « atomisation » de l’art. L’Art contemporain a fait son temps. Alors je propose, malgré les dénis des artistes modernes qui voudraient se soustraire à toutes formes d’AOC artistiques,  une catégorisation bien précise : « Poubellisme » ou en américain : « Trash Art ». Rien de péjoratif, aucune connotation perverse.

Afin de justifier une telle appellation, je puise dans les écrits des artistes modernes et en particulier chez Arman, l’artiste qui le premier a osé choisir ses matériaux pour ses œuvres hors d’un circuit conventionnel. «  La société conforte son besoin de sécurité par sa manie d’entasser dont témoignent ses vitrines, ses chaînes de montage et ses tas d’ordures. Cycle de production pseudo-biologique de la consommation et de la destruction. »  Dés 1959, il présente des oeuvres  qu’il appelle « Accumulations » et « Poubelles », entassement d’objets jetés dans des boites-vitrines. César cherche à créer des œuvres d’art à partir de carcasses d’automobiles qu’il comprime. Ce sont les résidus industriels qui deviennent art. Jim Dine fabrique des œuvres à partir d’objets abandonnés, d’outils et de vêtements, tous les déchets jetés par la société de consommation.

D’où ce titre de «  poubellisme » ou « Trash Art » à cet art nouveau. Cette libération absolue des sens, cette élaboration d’une race nouvelle d’artistes qui n’auraient  plus de comptes à rendre au public néophyte et totalement abscons, mèneront vers l’instauration de cette liberté tant recherchée au cours des siècles. Et si de plus le mécénat public leur accorde carte blanche dans la recherche du plus émouvant trash, de la plus titillante élucubration, de la plus jouissive éjaculation artistique alors nous sommes au seuil d’un nirvana esthétique. Mais pour atteindre l’orgasme culturel – proche de l’extase cultuelle des anachorètes – il faudra fouiller dans les poubelles de notre société de consommation.  D’ailleurs tout a commencé par l’accumulation des déchets de notre société derrière une plaque de verre de façon à traduire l’appétit féroce des humains pour le jetable de Charles Delhaes puis l’utilisation cynique des détritus pour effacer tout point de repère avec le passé comme la nature morte de Claes Oldenburg,, le recyclage du plastique de Anthony Cragg, l’entassement des automobiles de Arman,  la reconstitution d’œuvres grotesques à l’image du gâchis de notre époque avec les «  machines happenings »  de Tanguely , la décoration outrancière de Niki de Saint Phalle dans «  le cheval et la mariée » qui dénote le méprisable gaspillage et le pillage systématique de la terre. Nous pourrions continuer à l’infini.

Dans ce nouvel art, apparaissent des dénominateurs communs à tous les artistes. Le premier est selon Mondian «  quelque chose qui exprime le monde de l’esprit ». Pour se faire, tous les matériaux deviennent nobles car ils  sont en quelque sorte le reflet de la créativité du design de l’homme même si, au départ, ces appareils servaient à relativiser le bien-être de la société. Réduits à l’état de déchets, ils n’en sont pas moins représentatifs de certains aspects de la culture et un second usage, au nom de l’art, ne peut que rehausser la perfidie et l’inutilité de ce consumérisme en produisant des œuvres qui seront encore plus accusatrices de notre manière de vivre. Pour autant se faire, poussons le paroxysme de la mise en valeur du jetable en monuments dignes de traduire la mise à mort programmée de notre planète.

Où trouve-t-on le matériau nécessaire à l’élévation de l’âme et à la recherche de la Vérité céleste sinon dans les déchetteries et les poubelles. Les cycles écologiques instaurés par des normes de plus en plus catégorielles, délivrent l’individualisme de l’artiste et le poussent à des symboles dérivatifs, des extases palliatives et des styles hautement aberrants. Il n’est plus possible de placer l’art dans un contexte historique ou religieux comme ce fut le cas jusqu’au milieu du XXe siècle – même un Picasso avec son Guernica tombait dans le piège du jugement collectif – mais dans un terrible réquisitoire sociétal. Place à l’égoïsme, à l’immatérialisme de Pevsner où toutes les normes sont abolies et où l’éphémère triomphe avec Christo. Nous retrouvons le même phénomène en économie où précaire est synonyme d’emploi. Passage de l’œuvre comme le passage de l’artiste dans la vie mais cette fois-ci ce n’est plus l’homme qui disparaît et l’œuvre qui reste  mais l’œuvre qui se meurt d’une belle mort et l’homme qui reste pour regretter. Et qu’est-ce qui est le plus évocateur de ce temps qui fuit que nos poubelles. Sorties le soir, vides le matin ! Tout comme les expositions d’art contemporain comme nous avons pu le constater  au cours des trois derniers étés au château : installées en vrac, du bric et broc et balayées avant l’automne. Une femme de ménage avait même confondu œuvre d’art avec tas de détritus ! Or ce qu’elle avait pris pour cause de coup de balai n’était en réalité que digest de ce que devient la terre : un immense dépotoir qui inspirera des œuvres de plus en plus monumentales car les tonnes de déchets plus ou moins recyclables qui s’accumulent pourront fournir aux artistes une inspiration exponentielle due au progrès technologique qui mélange à toute innovation sa dose d’obsolète. Assistons donc béats à l’anagogie analgésique de cette nouvelle tendance qui sera connue, c’est mon espoir, sous le nom de « Poubellisme » (Trash Art) ou l’art d’accommoder les ordures de la planète !

Jeff Koons est né à York en Pennsylvanie le 25 janvier 1955. Sa vie pourrait se résumer à ses mariages dont le plus célèbre est avec la reine du porno italien, Cicciolina qui s’est terminé comme attendu par un féroce divorce et bataille judiciaire pour la garde de l’enfant. Que faire d’une femme qui a été élue au Parlement italien et qui découvrait son sein lorsqu’elle s’adressait à la tribune ! Berlusconi n’est que de la guimauve devant cette diva !

 

La question doit se poser alors : est-ce que l’art, faute d’inspiration nouvelle, est devenu «  kitsch » ( art inférieur), « trash » ( fait d’ordure), «  garbage » ( fruit des poubelles) ? Les critiques se déchirent sur le sujet et les camps sont en guerre. Jeff Koons s’en amuse et continue à faire ses œuvres avec un cynisme qu’il voudrait dissimuler sous des aspects de grand sculpteur digne de succéder à Michel Angelo !

On dit en anglais : «  One man’s trash is another man’s treasure ! » ( Les déchets de l’un font le bonheur de l’autre !). Alors Jeff est heureux, non seulement d’utiliser les rejets de l’autre, mais en plus de les vendre sur le marché de l’art à des prix exorbitants : son œuvre (?) «  Balloon Flower » s’est vendue …. 25 millions de dollars ! Cet argent sert à financer son « usine à fabriquer de l’art » avec ses 30 assistants tout comme le faisait « Andy Warhol’s Factory ». Si ces travaux attirent les foudres des critiques, ils attirent aussi les acheteurs. Il semble que plus il est critiqué, plus monte sa cote. Alors il multiplie les interviews, se loue les services d’un directeur de com et se compare aux plus grands artistes de l’humanité.

«  A viewer might at first see irony in my work » dit-il sereinement ( Un spectateur peut voir de l’ironie dans mon travail). Et alors ?, pourrait-il ajouter. Face au déluge d’invectives qui est déversé sur son art, il ne bronche pas.

Le journal «  New Republic » dit de lui qu’il est un «  décadent artist who lacks the imaginative will to do more to trivialize and italicize his themes and the tradition in which he works. » ( artiste décadent qui manque d’imagination de vulgariser et  de mettre en avant ses thèmes et la tradition dans laquelle il travaille.)

En un mot, il ne fait rien pour faire comprendre ses œuvres et expliquer sa méthode. La «  New Republic » poursuit : «  He is another of those who serve the tacky rich ! »

Nous y voilà : le but de son travail est de faire plaisir à ces riches bling bling qui ne savent pas quoi faire de leur fric et jouent la spéculation à fond ! A 25 millions de dollars un objet pathétique, il aurait tort de s’en priver !

Le New York Times va encore plus loin : « artificial, cheap ( le travail pas le prix !), unabashedly cynical »

N’est-ce pas l’époque qui rend les gens cyniques ?

Le NYT continue, pour comparer les deux grands rivaux dans l’art contemporain : Jeff Koons et Seward Johnson qui jouent à qui sera le plus trash : «  Like debating the merits of dog excrement versus cat’s excrement ! »

A savoir ce qui apporte le plus de bonheur à l’humanité : la merde de chien ou les crottes de chat !

L’art ne se discute pas : il est trop varié pour ne pas satisfaire tout le monde. Entre les œuvres des siècles précédents et la production actuelle, il y a place pour découvrir en soi la création esthétique qui correspond à son « inner self » ( à son soi profond).

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