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« The artist » ou la victoire d’une certaine nostalgie

La gloire soudaine d’un film français aux Oscars, soulignée comme une première remarquable, m’a laissé perplexe : pourquoi un film en noir et blanc, sans paroles, reminiscent d’une époque lointaine, a-t-il raflé une telle mise à Hollywood ?

Par André Girod

Evidemment c’est un fabuleux prestige pour le cinéma français qui, avec le cinéma américain, est à l’avant-garde des productions, et là, toute la France doit en être fière.

Mais il y a derrière cette réussite la traduction de notre époque de crise. Ma grand-mère comme toutes les grand-mères regrettait avec un soupir l’époque de sa jeunesse : c’est ce à quoi nous assistons de nos jours. Nous sommes tous des grand-mères même à Hollywood.

Il flotte un parfum de nostalgie autour des résultats des Oscars comme il apparaît un certain retour au passé dans la campagne de Santorum. C’est une question de valeurs ( remises en cause dernièrement dans la campagne présidentielle en France).

Face à une crise épouvantable qui apporte l’angoisse devant l’avenir, le chômage exacerbé, l’insécurité régnante, l’incivilité quotidienne et une sorte de désabusement et de débraillé (dans la tenue et dans les pensées), l’Américain, comme le Français se replonge dans une époque où les artistes étaient bien habillés, sympathiques, élégants dans leur déclaration d’amour. Tout paraissait parfait et surtout si simple. Presque en noir et blanc (sans jeu de mots !)

Or qu’est « The Artist » pour qu’il soit si populaire auprès des Américains d’Hollywood ?

Premières constations : les Américains ont horreur du doublage dans les films étrangers, d’où leur impopularité en Amérique. Là pas de problème, il n’a pas besoin d’être doublé !

Ce retour en arrière n’a nécessité aucun effet spécial, aucune trace de violence, aucune couleur rouge qui glace le sang : il est en noir et blanc. C’est du vrai cinéma car ce ne sont plus les scènes spectaculaires qui attirent le regard et excitent les nerfs mais tout est dans le jeu des visages, les gestes des acteurs et les regards. Le spectateur se sent transporté dans un monde nouveau, en réalité un monde du passé qui permettait une existence plus rude, certes, mais plus simple à comprendre.

Le deuxième film récompensé « Hugo Cabret » décrit lui aussi une époque disparue : les premiers films deGeorges Méliès, le véritable début du cinéma. Il se passe à Paris avec des effets spéciaux mais qui auraient pu être réalisés avant la guerre. Or nous avons assisté à un merveilleux chassé croisé franco-américain : La production américaine se passe à Paris avec des personnages on ne peut plus Français et la production française se passe à Hollywood avec des personnages dignes de la belle époque d’Hollywood.

A croire que Scorese avait fait un film français et Hazanavicius un film américain. D’ailleurs ce fut ce que fit penser au public que le film avait été tourné aux Etats-Unis fut d’y inviter quelques acteurs américains bien connus dont John Goodman, très apprécié des Américains. Ce coup de génie a permis de franchir toutes les étapes et les Américains s’y sont laissés prendre.

Pour en revenir à l’idée première de retour en arrière, de coup de nostalgie, c’est le sentiment actuel de beaucoup d’Américains quand ils pensent aux années Trente : les rutilantes voitures, les fabuleuses demeures, l’élégance des belles de nuit, la vie nocturne, les films culte (Autant en emporte le vent).

Que voient-ils aujourd’hui : une industrie automobile en crise, l’invasion des « tin cars » ( boites de sardines ) étrangères, japonaises, coréennes ou allemandes qui ébranlent la force économique de l’Amérique. A cela il faut ajouter un chômage rampant, les expulsions brutales, la corruption à Wall Street, un exhibitionnisme de mauvais goût de chanteuses ou de milliardaires, une misère qui s’installe dans les villes et les campagnes…

A voir « The Artist » au moins, pendant une heure et demie, on s’enfonce comme dans un rêve, le vrai rêve américain qui disparaît de l’horizon de trop nombreux américains ou français.

Santorum, le candidat Républicain qui remonte et commence à faire peur à Romney (le candidat bling-bling dont la femme possède deux Cadillacs !), épouse les mêmes astuces : retour à la foi, à la confiance, autravail des Américains au 19e siècle, ce qui avait fait le puissance des Etats-Unis. Il parle famille, responsabilité, éducation, simplicité de la vie, honnêteté dans les rapports entre gouvernement et peuple. Il dénonce les dérives du XXIe siècle : laxisme, laisser-faire, fric, mœurs délabrées, manque de solidarité, divorce, avortement, indiscipline dans les écoles, incivilité des gens, tout ce qui pourrit la vie des défavorisés et de la classe moyenne. Il commence à être entendu !

Ces commentaires sont purement inspirés par la victoire de «The Artist» aux Oscars et ils expliqueraient en partie pourquoi le film a eu tant de succès à Hollywood.

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