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Fraternities et Sororities aux Etats Unis

Dans les « Colleges » et les « Universities » américaines existe un système de socialisation très souvent controversé ou tenu au secret.

Par André Girod

Dans les « Colleges »  et les «  Universities »  américaines existe un système de socialisation très souvent controversé ou tenu au secret. En fait, c’était le but initial de donner à  ces confréries un aspect mystique, quasi religieux comme c’est le cas pour la Franc-maçonnerie ou autres regroupements sectaires. Tout a cette notion de sélection, de pacte secret, d’activités plus ou moins interdites.

Ce type de société s’appelle : «  Fraternities » ou «  Sororities ». Le terme « fraternity » vient du latin «  frater » (frère, en anglais «  Brother ») et indique une réunion de personnes qui ont les mêmes idéaux. Le mot fraternity s’applique aussi bien à un regroupement de garçons, de filles ou mixte. « Sorority » ne vint que plus tard pour distinguer un regroupement de filles d’un rassemblement de garçons, mais le terme est en réalité peu usité.

 

Pour parler historique de cette organisation, elle est unique aux Etats-Unis. Seuls les «  undergraduates » sont autorisés à s’y inscrire. Un « undergraduate »  est un étudiant qui n’a pas terminé son cycle « BA » soit son diplôme de « College » ou de première partie d’« University ». Une fois obtenu son Bachelor ( équivalent licence), l’étudiant disparaît du système. Il est devenu un « graduate », il a obtenu son «  grade » de Bachelor.

 

A Coe College où j’enseignais, nous n’avions que des «  undergraduates », sortis du lycée (High School) et pas encore au niveau «  Master ». En 1965, ma première année à Coe, le « College » comptait 1 369 étudiants inscrits ( 685 garçons et 684 filles). Un équilibre quasi parfait. Les cours attiraient les étudiants selon leurs intentions et les diplômes recherchés. Dans le cas du français, la grande majorité, dans mes cours, était des filles car notre langue fait partie des classes qui enseignent non seulement une langue mais un savoir-vivre, un savoir-faire, une étiquette et une idée des bonnes manières. Quant aux scientifiques, ils choisissaient l’allemand et les flemmards, l’espagnol.  J’avais parfois UN garçon sur une classe de VINGT CINQ ! Au contraire de l’allemand, à forte majorité garçons.

 

Moins du tiers de ces étudiants rejoignaient  une «  fraternity ». Elles étaient au nombre de cinq :

 

Pour les garçons ou mixtes

Alpha Sigma Phi

Lambda Chi Alpha

Phi Kappa Tau

Sigma Nu

Tau Kappa Epsilon

 

Pour les filles seulement

Alpha Xi Delta

Chi Omega

Delta Chi Beta

Delta Delta Delta

Kappa Delta

 
Enfin, rare pour un «  college » de cette taille, se trouvait un chapitre de la «  fraternity »  Phi Beta Kappa, l’organisation la plus prisée mais aussi à la sélection la plus draconienne. Elle était réservée à l’élite, aux meilleurs étudiants et y être admis, était le «summum » de l’éducation que l’on pouvait recevoir.

Parlons Phi Beta Kappa : les personnalités américaines, depuis Obama jusqu’aux diplomates, présidents des Etats-Unis ( sauf George W Bush reconnu comme fumiste à l’université !), Membres de la Cour Suprême ont tous été membres de cette

«  Fraternity ». J’ajoute avec fierté que ma fille aînée en a fait partie !

C’est le sésame de nombreuses carrières non seulement dans l’administration mais aussi au niveau grands groupes. Etre Phi Beta Kappa, c’est un peu le prix Nobel des études en Amérique. A Coe, chaque année, une poignée y était admis car il fallait devenir « cum laude » et avoir une moyenne de près de 4 ( au moins au dessus de 3,9) tout le long de sa scolarité. Ce qui nous conduit à parler système de notation aux Etats-Unis.

 

Si on France, on note sur 20, le système américain utilise un système de lettres :

A  Excellent   B  Very good   C  Satisfactory   D  Passing  F  Failure
Ces lettres correspondent à des notes : A=4   B=3   C=2   D=1    F=0

Il suffit d’ajouter les points par cours, d’en faire la moyenne et de voir où se situe le niveau de l’étudiant. Atteindre ainsi la moyenne  3,9 nécessaire à être admis dans cette «  Fraternity » exige un très haut niveau de réussite. Tout le long de sa carrière, c’est un point important que mettra en avant le professionnel. Cette Société d’honneur  ( « Honor Society) reste par conséquent la chasse gardée d’une élite qui développera des liens particuliers comme ceux de Polytechnique, qui serrent les rangs dans le choix des candidats en France !

 

Par contre les autres «  fraternities » sont de moindre intérêt et certaines même restent sous silence tellement elles ont mauvaise réputation. Les membres de la Phi Kappa Tau n’ont rien d’intellectuel. A Coe, c’étaient les buveurs de bière et les organisateurs finis de bordels monstres ! Pour en faire partie, il fallait être costaud, supporter des nuits blanches et avoir une grande gueule. J’avais plusieurs de mes étudiants qui y appartenaient et ils n’étaient pas beaux à voir le lendemain dans mes cours ! C’étaient des candidats à des C ou D.  Les joueurs de football américain y avaient leur place.

 

Quant aux filles, l’utilité d’entrer dans une fraternity, en 1965,  était de trouver une certaine chaleur, une compréhension et un soutien moral. Souvent de chercher un mari. Car dans ces « sororities », les activités étaient nombreuses non seulement entre copines mais aussi entre fraternities de garçons. Il y avait des soirées tard dans la nuit, des flirts sans fin, des rencontres poussées. Surtout que chaque « fraternity » possédait une maison à proximité ou sur le campus où vivaient les membres. Il y avait bien une « House mother », ( Tête de maison), une adulte qui chaperonnait l’ensemble mais dans quelques « fraternities », elle prenait ses weekends pour aller voir sa famille ! La police intervenait car les invités et les habitués se comportaient comme des gangs de voyous. Mais ce n’était plus la responsabilité de l’administration et tous les étudiants étaient majeurs.

Entretenir ces maisons coûtait cher, d’où des cotisations très élevées, ce qui décourageait grand nombre d’étudiants, ceux qui avaient des bourses ou tout juste pour payer leur frais d’études. Par conséquent les membres venaient de familles aisées, ce qui augmentait la différence sociale entre les jeunes. Et surtout apparaissait chez les membres une attitude condescendante, voire arrogante vis à vis des non participants. Et pourtant pendant la «  Rusk Week », la semaine où les candidats faisaient la queue en début d’année scolaire, pour se faire inscrire aux épreuves imposées pour être admis, sur dix candidats, selon les «  fraternities », une faible proportion était acceptée.

 

Alors l’entrée dans une fraternity, comme dans les grandes écoles en France, dans les années 60, donnait lieu à des bizutages souvent bon enfant mais parfois terribles. Les récits frisaient souvent l’horreur et le sadisme surtout pour ceux qui voulaient entrer dans ces «  fraternities » vicieuses et rudes. En anglais, on parle de « Hazing » durant lequel le rituel atteignait la perversité : séances d’humiliation, harassement, exigences, tortures destinés à faire craquer le nouvel adhérent. On l’aidait à se former un caractère d’acier, un moral d’enfer et pour l’obtenir il faut y avoir été poussé. On devenait copains à la vie à la mort, un pacte de sang qui liait les  membres comme ces sectes secrètes du Moyen Age.

 

A titre personnel, à l’entrée de l’Ecole Normale de Paris et mon bizutage a été des plus sympathiques : devant quelques anciens, j’ai du faire la cour et embrasser les femmes dans un wagon du métro ! Rien de terrible au contraire !

 

A Coe, je n’ai pas eu connaissance, pendant mes six ans, d’incidents graves qui auraient nécessité une hospitalisation. Mais le nombre d’étudiants qui étaient ivres mort ne se comptait plus. Ils manquaient le lendemain car leur gueule de bois ne leur permettait pas de se lever. J’ai assisté, impuissant, à des concours de buveurs bière ou d’alcool fort qui transformaient mes étudiants en zombies, d’où le terme en anglais : «  Hazing » veut dire dans le « cirage », dans les « vaps », avec perte de repères et même de conscience.

 

Le système, dernièrement s’est assagi et les «  Fraternities » ressemblent plus à des clubs et des lieux de rencontre amicale qu’autre chose. Internet est passé par là. Facebook rassemble plus de jeunes qu’une fraternity ne le fera tout en conservant une certaine indépendance et liberté. La vie dans une «  Greek House », cette « maison grecque » qui abrite une fraternity peut devenir contraignante dans sa promiscuité. Arrivé au niveau « senior », dernière année de «  college », beaucoup, comme ils en avaient le droit, quittaient leur «  fraternity » pour s’installer dans un appartement à l’extérieur du campus. En effet il était de règle que tous les étudiants, à moins d’habiter la ville avec les parents, devaient rester dans les «  dorms » ( dortoirs) pendant les deux premières années. principalement pour des raisons de sécurité et de bien être mais aussi parce qu’il fallait remplir ces bâtiments et assurer le financement de leur entretien.

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