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Baseball, une tentative d’explication…

Baseball, une tentative d’explication…
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Ah que ce sport m’a toujours donné des maux de tête, moi le Frenchie de service en Amérique ! L’expliquer, c’est savoir parler le chinois, le langage des sourds, résoudre le cube de Rubic et avoir fait Sciences po, polytechnique et enfin être maso.

Par André Girod

Pourquoi maso ? C’est déjà insupportable de passer deux heures dans un froid intense, assis sans bouger, à voir des guignols courir après un ballon pour essayer de l’envoyer dans une cage, alors passer une demi-journée à voir des individus essayer de taper dans une balle pour l’envoyer chez les voisins, cela a toujours été au-delà de mes moyens physiques et psychiques. Mais je prends mon  courage à deux mains pour vous expliquer ce qu’est ce grand sport national américain, le baseball !

D’abord déblayons le terrain si je peux m’exprimer ainsi. Il y a de nombreux sports qui ont une connotation yankee ou anglo-saxonne. Leur dénomination est formée du mot ball, ballon ou balle en français, l’anglais ne faisant aucune différentiation entre ce qui est petit de ce qui est gros. Pour eux « a ball is a ball ». On a donc en anglais : tennis ball, foot ball, soccer ball, basket ball, base ball, hand ball, golf ball, flashball ( jeu fort dangereux !) alors qu’en français, on joue avec les tailles : balle de tennis, balle de golf mais ballon de basket ou ballon de foot.

Autre raison de voir que l’anglais, par sa simplicité, est supérieure à l’heure actuelle au français !   Et l’anglais est pragmatique à un tel point que dans notre langue, nous n’avons pas  hésité à introduire les termes anglais : handball, basketball ( avec prononciation de « ball » à l’anglaise !). Heureusement que l’on peut pousser notre cri «  cocorico » car l’anglais nous a volé le mot «  tennis ». On croit que c’est une pure invention britannique mais nenni, c’est français. Ce sport existait au 17e siècle et se jouait avec une raquette et une balle. Un cri était lancé au moment de frapper la balle : «Tenez» qui devint« « tennis » puis nous a été refilé à la fin du 19e siècle ! A part «  tennis », nous avons avalé ( plutôt absorbé) le vocabulaire  anglais. Mais un détail m’a toujours intrigué, c’est le choix des mots dans leur association. Nous pouvons distinguer deux catégories : le terme « ball » est combiné soit avec une partie du corps soit avec un objectif. Soyons précis : football, c’est jouer avec le pied (foot), handball, c’est prendre la ballon uniquement avec les mains (hand). La définition est très claire et les pénalisations ( penalty, encore un intrus English) sont en fonction des règles du jeu. Le sport « basketball » est aussi très clair : mettre le ballon dans un panier (basket). Par contre, baseball est plus coriace à traduire : un ballon dans, contre, sur une « base »? Difficile à dire car c’est tout cela à la fois sans être vrai ! Vous suivez ?

La première fois que j’ai assisté à un match de baseball, était à Appleton, en 1959 alors que ce sport était totalement inconnu dans l’hexagone. Je n’avais osé refusé l’invitation si sympathique de mes amis mais je me disais comme Alfred de Musset : « Je vais perdre ma soirée ! ». Nous avons passé une porte qui donnait sur un vague terrain avec, dans un angle, un vaste filet et dessinés au sol, des carrés de peinture blanche qui formaient un« diamond » ( diamant). Quelques hommes à casquette ( comme celles qui ont envahi la planète et que les jeunes aiment porter à l’envers), avec à la main, soit un énorme gant certainement pas facile à manier pour…. attraper des mouches, soit une énorme massue digne des hommes préhistoriques.

Je m’installai avec mon baquet de pop-corn et un gigantesque verre de coca-cola sur un siège de plastique à se les geler. Autour de moi, beaucoup avaient apporté un coussin et s’étaient assis dessus. Alors je ne pus m’empêcher d’admirer leur talent d’équilibriste : essayer de vous installer, sous le coude, votre coussin et une couverture, dans la main gauche un chaudron de pop-corn, un « hot dog » et dans l’autre un verre d’un litre de Coca-cola ! Champions ces Américains !

Le match commence. Deux équipes s’affrontent de neuf joueurs chacune. La première équipe, toujours celle qui reçoit, est sur le terrain et les neuf membres sont dispersés aux quatre coins. Devant l’immense filet, derrière un trait blanc, un joueur accroupi, un gant à la main, des jambières et sur la tête un casque avec une grille devant les yeux. A côté de lui, un joueur nerveux qui balance sa « baseball bat », batte de baseball. En face de lui, sur un carré blanc, un joueur de l’équipe adverse, le « pitcher » ( lanceur) fait tourner entre ses mains une balle à mi-chemin entre une balle de tennis et un ballon de hand. Il danse sur un pied pour se donner de l’élan puis lance comme une grenade, sa  «ball » en direction de l’homme accroupi. La vitesse, et c’est là le secret, est due à la répercussion du poignet dans l’avant bras puis l’épaule. ( Explications qui me furent données par un kiné, fanatique de baseball).  La balle atteint des vitesses considérables, plus de cent  cinquante kilomètres à l’heure. Le record semble appartenir à égalité entre Mark Wohlers ( 1995) et Joel Zumaya ( 2007) : 44 mètres, 7 par seconde soit une vitesse de plus de 170 km à l’heure !

Petit rébus : cette vitesse a été atteinte par Zumaya, lors de son second « pitching» au cours du « 8e inning» pendant le « Game 2» d’un match. ( Si vous ne trouvez pas d’ explication à ce rébus, voir fin de l’article !).

Je comprends alors pourquoi la cible (l’homme accroupi) porte un gilet pare-balles (de baseball) et un masque. Sans cet équipement, il est mort ! L’arbitre  de la base de lancement ( « umpire ») porte lui aussi un équipement de sécurité. L’homme à la massue redresse son arme et frappe ( du moins essaye de frapper) dans la balle. Souvent il la loupe et cette dernière est fermement agrippée par le gant de l’homme accroupi, ce qui l’empêche de faire trop de dégâts. Un coup pour rien, coup perdu. Alors le « umpire »  déclare : « One out » que je traduis par « premier essai ». La balle est redonnée au lanceur qui se remet en position. Le bras se détend comme un puissant ressort. Encore loupé pour le « hitter » ( frappeur). L’arbitre : « Two out » (deuxième essai). Un troisième coup est permis. Là, deux possibilités : où le frappeur touche la balle et l’envoie au loin ou il loupe. Dans ce dernier cas, le « hitter » est éliminé. On dit alors que le joueur «  strikes out », il a frappé pour rien. Cette expression «strike out »  est devenu expression juridique sous Bush : «  1,2,3, strike out ». Pour prévenir la récidive, le président américain utilise ce slogan : « trois fois et ensuite éliminé » pour dire aux délinquants (petits) : trois conneries et on t’enferme pour la vie!

Apparaît un second « hitter ». A son tour, on lui donne trois tentatives. Jusque là assez facile à comprendre : un lance, l’autre essaye de toucher la balle. Lorsque le « hitter » touche la balle et l’envoie assez loin sur le terrain, c’est le rôle des « catchers » (ceux qui doivent attraper la balle, ils sont neuf, dispersés sur le terrain) d’attraper la balle si possible sans qu’ elle ne touche le sol. Si cela se passe, le «hitter » est éliminé et remplacé par un autre. Par contre si elle touche le sol et tarde à être prise par un «catcher» de l’équipe adverse, le «hitter» lâche sa batte et fonce comme un dératé vers la première base puis la seconde, la troisième et enfin la dernière avant que la balle ne revienne à celui qui garde la base. Les quatre bases du terrain forment un «diamond » (diamant).

Deux cas se présentent : le «hitter» arrive à la deuxième base (ou première ou troisième) avant la balle et il a « gagné » deux bases. Il reste alors là à attendre la suite des événements. Quand le «hitter» suivant touche la balle, le joueur sur la base fonce vers les carrés suivants de façon à terminer son parcours. Quand il y arrive, l’équipe gagne un « home run » ( tour). Si ce même joueur n’a pas le temps d’arriver à une base avant la balle, il est sorti, éliminé.  Lorsque tous les joueurs sont passés, on change de camp et ceux qui étaient sur le terrain sortent, remplacés par l’autre équipe. Tour à tour une équipe présente un «hitter» et neuf de ses coéquipiers sur le terrain et l’autre équipe un « pitcher » avec 3 essais, qui sera remplacé.   Mais la vedette parmi les « hitters» est celui qui, par un coup de batte fulgurant, envoie la balle au-delà des limites du terrain, et c’est spectaculaire, lorsqu’elle atterrit parmi les spectateurs qui se battent pour la récupérer. C’est alors un « home run » pour l’équipe.

Facile à suivre un match de baseball par conséquent. Le joueur de l’équipe A lance, le batteur de l’équipe B tape, les joueurs de l’équipe A  attrapent. Combien dure une partie?  Pour un match de foot, le temps est limité à deux parties de 45 minutes. De même pour le hand-ball et le basket. Mais comme pour le tennis, il faut atteindre des scores et la partie peut être interminable. Je rappelle que le match le plus long de l’histoire du tennis a eu lieu à Wimbledon le 22 juin 2010 entre l’Américain John Isner et le Français Nicolas Mahut : 11 heures 5 minutes avec un dernier set (70-68) de 8 heures 11 minutes. Il en est de même pour le baseball. Il faut atteindre les 9 «innings » avec tous les joueurs qui sont passés. La moyenne tourne autour de 2 heures et demie mais le record va à un match entre les Pawtucket Red Sox et Rochester Red wings : 8 heures 25 sur deux jours.

J’avais trouvé le temps long au cours de ce premier match pour de multiples raisons : d’abord les temps morts, nombreux et déroutants. Au foot, les joueurs courent tout le temps même si parfois c’est après rien, mais ils se dépensent. Au baseball, il faut changer de joueurs, attendre que le « hitter » mette un peu d’excitation en touchant la balle. Et neuf « innings » c’est long. Qu ‘est-ce un «inning » ? Un « inning » est divisé en 2 parties : cette partie se termine lorsqu’il y a eu  « 3 outs », c’est-à dire lorsque 3 hitters (frappeurs) ont été éliminés. Un inning compte donc 6 « outs » soit 6 « hitters » sortis. C’est donc une manche où tour à tour chaque équipe a frappé puis attrapé. Le score donne alors : Yankees (équipe de New York)  7 / Red Sox ( Boston) 9. Boston a alors gagné par 9 HR ( home runs) à 7. Pour arriver à la finale, appelée «World series», jouée en cinq matchs ( games), les équipent s’affrontent pendant une saison. Il y a deux ligues de baseball : American League et National LeagueAmerican Leaguecompte 14 clubs et National League, 16.

A cause des distances et décalages horaires, chaque ligue est divisée en régions : Est, Centre et Ouest. Les quatre meilleures équipes de chaque « league » sont désignées pour faire les éliminatoires (Play offs) et l’équipe vainqueur de chaque groupe joue la finale en cinq matchs. Parmi les équipes très connues de l’ American League :Toronto Blue Jays, la seule équipe du Canada, Cleveland IndiansBoston Red SoxDetroit TigersLos Angeles AngelsChicago White SoxNew York YankeesTexas RangersBaltimore OriolesMilwaukee Brewers. Equipes de la « National League » : Florida MarlinsNew York MetsCincinatti RedsLos Angeles DodgersChicago CubsSan Francisco GiantsSan Diego PadresSt Louis Cardinals. Remarque sur le nom des clubs. Depuis les petites ( Little League) jusqu’aux équipes nationales, c’est la tradition de choisir un nom particulier avec une mascotte. Elle indique souvent une particularité de la région, de la ville. « San Diego Padres » traduit l’origine de cet état : ancienne possession mexicaine où beaucoup parlent l’espagnol. « Cleveland Indians » rend hommage ( un peu tardif !) aux Indiens de la plaine. «Milwaukee Brewers » rappelle que cette ville est la capitale de la bière ( brewers : fabricants de bière). « Saint Louis Cardinals » a pour emblème l’oiseau de l’état de l’Illinois où se trouve une partie de la ville de St Louis. « Texas Rangers » n’a pas besoin d’explication. « New York Yankees», non plus. «  Florida Marlins » se sert de la pêche au gros : espadon ( Marlins). « Detroit Tigers », il n’y avait pas de tigres à Detroit mais c’est dans le sens de « mettre un tigre dans son moteur ».

Ce sport est de loin le favori des chaines de télévision en Amérique ! Non pas par le nombre de téléspectateurs ( Il est en déclin et le foot américain fait plus d’audience) mais pour les tranches de publicité qu’elles peuvent coller sans véritablement gêner le match. Il y a tellement d’interruptions dans ce sport qu’elles s’engouffrent pour gaver les adeptes. Le sport que les chaines haïssent le plus ? Le foot européen car il n’y pas de coupures et les chaines principales ne font aucun reportage sur le football ! Ce sont de petites chaines indépendants qui s’en chargent.

Rébus résolu pour Zumaya : record de vitesse battu au cours du second « pitching » au 8e « inning » pendant game 2. Zumaya a battu son record au cours du deuxième essai, à la 8e manche pendant le deuxième match. La final se joue sur cinq matches. Et maintenant, attrapez une batte de baseball et jouez dans la cour. Mais attention aux carreaux. C’est pour cela que le baseball est interdit dans les écoles américaines  pendant les récréations et que les battes (arme dangereuse, voir le Parrain) sont enfermées sous clef dans les gymnases !

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